Si le mot backroom est à lui seul un embryon de fantasmes inséparable des notions de labyrinthe, de pénombre et d’arrière salle, il trouvera ici un traitement d’une miraculeuse profondeur.

En 11 tirages pigmentaires + 1 vidéo (hommage à Walter Benjamin pour son Haschich à Marseille) Marc-Antoine Serra installe de véritables instants qualifiés dont une série de garçons sont les héros. Que révèlent ces corps déposés, d’une chasteté-obscénité si pénétrante qu’elle dérange, attendritet soulage les regards qui s’y posent ?

Denis Roche avait raison : « Ce qu’il y a de formidable dans la photographie c’est tout ce qu’il y a autour ». Ici, c’est bien de l’avant d’un autour qu’il s’agit, celui là même qui touche à l’existence de ces « garçons sauvages » dont un Pasolini ou un Burroughs aurait pu rêver. Déplacés, suspendus au creux d’un intempestif décor effacé (la ville de Marseille) leurs visages comme leurs sexes (assoupis ou dressés) dérangent (dégenrent) l’identité même du désir. L’énigme du backroom rejoint ici celle du travail de la camera oscuraavec, en balayage, un usage du trouble peu commun. Alors se pose une étrange question : sans glory hole, ces corps glorieux s’adressent-ils à un regard masculin ou féminin ?

Ici, la photographie, sa pratique (comme le hors champs qu’elle soulève) se trouve à la fois confrontée à la troublante question de l’identité sexuelle du regard désirant comme au contexte politique actuel de la circulation des corps. (…)

Véra Sassoulitch